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Copyleft Attitude




Rendu à discrétion. Ce que fait le copyleft à l’autorité tonitruante de l’auteur.

Revue Pratiques, Presses Universitaires de Rennes

Introduction

Tout ce qui n'est que pour l'auteur ne vaut rien1.

Les droits de l'auteur issus des logiciels libres sont-ils en phase avec les pratiques discrètes de l'art contemporain ? Prolongent-ils le trait propre à l'auteur pour l'ouvrir à l'altérité des auteurs ?

Copyleft

Le copyleft est une notion juridique issue des logiciels libres qui s’appuie sur la législation en vigueur pour garantir à l’utilisateur quatre libertés fondamentales :

- La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0).

- La liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l'accès au code source est une condition requise.

- La liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin, (liberté 2).

- La liberté d'améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3). Pour ceci l'accès au code source est une condition requise2.

Le copyleft va rendre pérenne ces libertés : on ne peut s’approprier de façon exclusive une œuvre créée sous copyleft. Ce qui est à chacun, est à tous ; ce qui est à tous, est à chacun.

Le copyleft indique que quiconque les redistribue, avec ou sans modifications, doit aussi transmettre la liberté de les copier et de les modifier. Le copyleft garantit cette liberté pour tous les utilisateurs3.

1989 voit la rédaction de la première licence copyleft, la General Public License4. Les premières créations copyleft ont été des logiciels, s'inscrivant dans le projet GNU5 de la Free Software Foundation6 qui a vu le jour à l'initiative de Richard Stallman en 1985.

En janvier et mars 2000 nous organisons à Paris les Rencontres Copyleft Attitude7. Elles aboutissent à la rédaction de la Licence Art Libre8. « Art » s'entend comme excédant le seul domaine de l'art. La Licence Art Libre convient pour toutes sortes de productions de l'esprit à partir du moment où celles-ci sont protégées par le droit d'auteur.

Avec la Licence Art Libre, l'autorisation est donnée de copier, de diffuser et de transformer librement les oeuvres dans le respect des droits de l'auteur.

Loin d'ignorer ces droits, la Licence Art Libre les reconnaît et les protège. Elle en reformule l'exercice en permettant à tout un chacun de faire un usage créatif des productions de l'esprit quels que soient leur genre et leur forme d'expression.

Si, en règle générale, l'application du droit d'auteur conduit à restreindre l'accès aux oeuvres de l'esprit, la Licence Art Libre, au contraire, le favorise. L'intention est d'autoriser l'utilisation des ressources d'une oeuvre ; créer de nouvelles conditions de création pour amplifier les possibilités de création. La Licence Art Libre permet d'avoir jouissance des oeuvres tout en reconnaissant les droits et les responsabilités de chacun.

Elle s'appuie sur le droit français, est valable dans tous les pays ayant signé la Convention de Berne. Traduite en plusieurs langues pour faciliter sa compréhension, elle ne nécessite pas d'adaptation à la législation des auteurs résidant hors du territoire français et désireux de l'utiliser9.

L'autre de l'auteur.

Selon l’étymologie, est auteur, le créateur d'une oeuvre qui augmente le patrimoine artistique ou littéraire (du latin augere qui veut dire augmenter, accroître et qui a donné le participe passé auctus et le substantif auctor10).

Mais si l'auteur est bien « celui qui accroît ce qui existe déjà » il est également celui qui fait autorité. Entre l'augmentation des ressources communes et l'autorité singulière de celui qui se pose en créateur, il y a dialogue contradictoire et qui ne trouve sa résolution que dans la fiction juridique qui va faire valoir ses droits.

Le copyleft vient, en intelligence avec le numérique et l'internet, excéder l'autorité de l'auteur. Sans la nier, il ne s'agit pas de la simple « mort de l'Auteur » où « donner un Auteur à un texte, c'est imposer à ce texte un cran d'arrêt, [...] c'est fermer l'écriture »11, mais bien plutôt de reconnaître la naissance des auteurs, leur multiplication et leur puissance d'augmentation.

Ce qui a lieu avec le copyleft c'est la redécouverte, à l'ère des technologies de l'information et de la communication, de ce qui fait tout simplement évènement dans le langage. Son extériorité radicale et irréductible au propre, sa mise en commun par le fait même de parler, de s'exprimer car,

parler c'est rendre le monde commun, créer des lieux communs. Le langage ne se réfère pas à la généralité des concepts, mais jette les bases d'une possession en commun. Il abolit la propriété inaliénable de la jouissance. Le monde dans le discours, n'est plus ce qu'il est dans la séparation – le chez moi où tout m'est donné – il est ce que je donne – le communicable, le pensé, l'universel12.

Ainsi, le copyleft renouerait-il avec l'effectivité et la simplicité de la transmission orale. C'est avec ce don gracieux que fait le langage, que font les langages (nous y incluons les images, les sons, etc.), que se découvre la beauté d'un geste libre.

Cette beauté n'est pas tapageuse mais partageuse. Elle ne s'approprie pas le monde mais s'abandonne au monde tel qu'il se donne lui-même. Un amor fati13, cet amour du destin qu'affirme l'auteur du Gai savoir lorsqu'il écrit :

Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme beau ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : – ainsi je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour.

Cet amor fati est sans finalité et s'ouvre et ouvre sans fin. Ce qui a lieu c'est un passage, le laisser-passer du créé dans l'incréé, ce que Simone Weil aura qualifié de « décréation » :

Décréation : faire passer du créé dans l'incréé.

Destruction : faire passer du créé dans le néant. Ersatz coupable de la décréation14.

[...]

La création : le bien mis en morceaux et éparpillé à travers le mal.

Le mal est l'illimité, mais il n'est pas l'infini.

Seul l'infini limite l'illimité15.

Cette décréation qui passe et fait passage ne marque pas, est à peine remarquable, elle ne s'achève pas dans la trace mais ouvre sur ce qui peut être une histoire. Ce qui a lieu c'est le temps. Une traversée qui excède le lieu où « rien n'aura eu lieu que le lieu »16. Ce qui se passe c'est l'espace d'un sentiment.

Quand je suis quelque part, je souille le silence du ciel et de la terre par ma respiration et le battement de mon cœur17.

Si le retrait de l'auteur fait la réelle présence18 des œuvres, nous devons chercher la qualité certaine de ses œuvres chez ceux des auteurs qui ont le trait discret.

Des ouvres d'art.

Appelons « ouvre d'art » une œuvre qui outrepasse sa propre finition et définition. Ce que le copyleft pose a priori (et non a postériori par une cession de droits) en légalisant la copie, la diffusion et la transformation c'est l'altérité au risque de l'altération. Ce risque est une responsabilité vis-à-vis d'autrui. Ce qui est envisagé c'est une éthique, non une esthétique qui achève l'art19. Une ouvre d'art est un passage avec passation de pouvoirs. C'est une transmission, une tradition qui permet l'exercice de libertés communes entre les uns et les autres.

Voyons maintenant quelques exemples de pratiques artistiques discrètes et ouvertes. Commençons par notre propre recherche pour montrer ce qui nous a mené à nous intéresser au copyleft.

Des pratiques protocopyleft.

Le pris de l'ame ne consiste pas à aller haut, mais ordonnéement.

Sa grandeur ne s'exerce pas en la grandeur : c'est en la mediocrité20.

  • Les sculptures confiées :

Nous confions un objet, plus ou moins de notre réalisation, nommé « sculptures », à certaines personnes de rencontre. Nous demandons à ce qu'il soit confié également à quelqu'un d'autre, qui le confiera aussi et ainsi de suite, sans qu'il n'y ait de propriétaire définitif ni de point de chute final. Cet objet traverse les personnes et les lieux et le temps. Il est exposé à tout ce qui peut se passer, il ne s'expose pas comme œuvre de collection mais comme ouvre de passages.

« Passages »21 est d'ailleurs le titre donné à un texte écrit à quatre mains suite à la sculpture confiée n°570 à Sophie Gosselin en septembre 2006, un clef USB contenant des dialogues de Paule et Paul22. Confiée à nouveau à Esther Salmona en juillet 2009, elle donnera lieu à la réécriture d'un dialogue de Paule et Paul par Sophie Gosselin & David gé Bartoli et Esther Salmona & Guillaume Fayard. Publié dans le numéro 8 de la revue d'art Laura23 en octobre 2009.

24

  • La peinture de peintres :

Nous proposons à des peintres de se peindre les uns par dessus les autres. Cette peinture n'a pas de fin, pas d'image arrêtée. C'est la peinture sans fin par la fin de la peinture. Ce n'est pas la fin de la peinture c'est la peinture infinie. Chaque couche de peinture fait disparaître, entièrement ou en partie, la couche précédente. Restent des traces photo. Les peintures sont réalisées gracieusement par les peintres, une beauté du geste qui fait l'infini d'une peinture toujours possible. Une peinture passible, passable, manifestant là les qualités discrètes et discréditées de la médiocrité, qualités qui passent par le milieu sans avoir de compte à rendre à un maître-étalon. Ce discrédit porté à ce qui est moyen s'oppose au discret car il nie la réelle qualité de ce qui n'apparaît pas de qualité. La beauté du geste gracieux qui s'accomplit librement et désintéressé. Sans intérêt. Des peintures faites, non pas par dessus la jambe, mais avec la beauté du geste gracieux.

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Un art contemporain ouvert

Je ne demande rien. Je voudrais laisser à tout le monde le maximum de liberté. Certaines propositions ont été réalisées par moi, d’autre non : si le spectateur préfère l’objet à l’idée, il choisira. Il pourra aussi le réaliser lui-même. Tout est ouvert26.

Cette ouverture discrète nous pouvons la repérer dans l'art contemporain des années 70. Par exemple avec Ian Wilson27, qui sculpte sa parole en objets de discussion ou stanley brouwn28 qui fait de la marche à pied la mesure d'un art échappant à toutes prises, mis à part quelques documents et le moins possible. Plus récemment, Tino Sehgal29, dont les pièces sont des événements sans traces aucunes, ni photographiques, ni communiqués de presse, juste le fait d'art, simple comme une transmission orale.

Des œuvres copyleft.

  • GNU/Linux :

Système d'exploitation libre sous licence GPL, comparable à Windows ou MacOS, Linux est un logiciel libre de type copyleft parmi les plus connus et réputés. En 1999, Linus Torvalds, initiateur du logiciel, reçoit le 1er Prix du Festival « Ars Electronica », catégorie internet30. Pour la première fois, une mécanique opératoire, loin de toute intention esthétique, était considérée comme œuvre d’art.

Ce sont précisément ces qualités excédant celle de l'art conventionnel qui ont forcé l'admiration du jury. Admiration pour un objet réalisé gracieusement par des milliers d'auteurs répartis sur la planète et reliés au net pour fabriquer un logiciel qu'aucune entreprise n'aurait pu mettre en chantier aussi rapidement et sans moyens financiers au départ. Cet impossible et toute forme qui en procède est bien un fait d'art.

  • Wikipedia :

« Wikipédia (prononcé /wi.ki.pe.dja/) est une encyclopédie multilingue, universelle, librement diffusable, disponible sur le web et écrite par les internautes grâce à la technologie wiki. Elle a été créée en janvier 2001 et est devenue un des sites web les plus consultés au monde31. »

Fondée par Jimmy Wales, cette encyclopédie reprend les principes du logiciel libre où chacun peut enrichir un bien commun. Mis au départ sous la licence utilisée pour la documentation des logiciels, la GFDL32, elle est depuis fin 2009 passée en Creative Commons by-sa 3.033, licence copyleft équivalente à la Licence Art Libre. C'est une œuvre emblématique de l'internet et des capacités de création lié à son ouverture.

  • Art Libre :

Nous entendons par « art libre » toutes productions de l'esprit réalisée selon les principes du copyleft34. Avec une préférence pour la Licence Art libre qui est recommandée par le projet GNU35.

Ce sont des œuvres qui se rendent à la discrétion d'autrui. Elles s'offrent à qui veut bien y porter attention. Cette discrétion est un consentement, non une abdication ; c'est une disposition d'esprit qui considère autrui comme une altération de l'ego et ainsi sauve de l'enfermement identitaire.

Plutôt que de choisir telle ou telle œuvre en Licence Art Libre nous allons prendrons le cas d'un travail non libre au départ et qui trouva un développement copyleft. Il s'agit d'une phrase d'Eric Watier, artiste discret s'il en est,36 proposée pour « Tool-Box »37, un dispositif d'œuvres à actualiser par les visiteurs. Nous l'avons réalisé suivant les directives de l'auteur : « Écrire en vinyl transparent sur un support lisse : « Sur ces mots il y a peut-être votre regard ou peut-être pas. » ».

Nous avons mis, avec l'accord d'Eric Watier, cette réalisation ainsi que sa trace photo en copyleft avec la Licence Art Libre. Il s'est passé ceci ensuite : cette réalisation s'est trouvée produite par le Centre d’Art Contemporain d’Ivry, dans un panneau publicitaire lors d'une exposition.

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Entre nous aura pu passer alors l'institution d'un art en mouvement, aura pu se transmettre, via un objet momentanément stoppé dans ses réalisations, une forme que la Licence Art Libre aura libéré de la finitude. Nous employons à escient le mot « institution » car il s'agit bien, avec le copyleft, via un contrat juridique, d'instituer un rapport, de la même façon que le langage nous institue les uns vis-à-vis des autres.

Action.

Loin d'être une défection de l'acte dit « de création », les pratiques discrètes sont des actes « en création », c'est-à-dire en passe d'incréation. Elles sont dans cette économie du faire acte. Ce sont des passages à l'acte, des actes de passage.

Passage du présent, comme un don, doués que nous pouvons être d'une réelle présence quand d'ordinaire,

nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt […]. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse40.

L'auteur, avec le copyleft comme principe de création ouverte à la décréation et à l'infini, jouit d'une présence prégnante, un temps où l'apparaître se confond avec le disparaître.

Ce qui a lieu alors n'est plus la fabrique d'une preuve autoritaire mais celle d'un passage ouvert à l'augmentation des auteurs et des œuvres possibles. À lieu un mouvement de la création où ce qui fait œuvre est ce qui ouvre un passage.

Antoine Moreau, « Ce que fait le copyleft à l'autorité tonitruante de l'auteur », Pratiques n°21, Automne 2010, Presses Universitaires de Rennes.

Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org

1PASCAL, Pensées, fragment 659, éd. M. Le Guern, Gallimard, Folio, 1977, p. 405.

2« Définition d'un logiciel libre », http://www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html (page visitée la 19.01.10).

3« Qu'est-ce que le copyleft ? » http://www.gnu.org/copyleft/copyleft.fr.html (page visitée la 19.01.10).

4« GNU General Public License » http://www.gnu.org/licenses/gpl.html (page visitée le 25.01.10).

5GNU Operating System http://www.gnu.org/home.fr.html (page visitée la 19.01.10).

6Free Software Foundation http://www.fsf.org/ (page visitée la 19.01.10).

7Avec un groupe d'artistes réunis autour de la revue Allotopie : François Deck, Emmanuelle Gall, Antonio Gallego et Roberto Martinez.

8Rédigée, avec les participants de la liste de diffusion copyleft_attitude@april.org, par Mélanie Clément-Fontaine, David Géraud, juristes, et Isabelle Vodjdani, Antoine Moreau, artistes ; puis avec Benjamin Jean, juriste, en remplacement de David Géraud pour la version 1.3.

9Préambule de la Licence Art Libre, http://artlibre.org/licence/lal/ (page visitée le 19.01.10).

10Qu'est-ce qu'un auteur ? « 4. Généalogie de l'autorité », Cours d'A. COMPAGNON, http://www.fabula.org/compagnon/auteur4.php (page visitée le 19.01.10).

11R. BARTHES, « La mort de l'Auteur », Le bruissement de la langue, Seuil, 1984, p. 68.

12E. LEVINAS, Totalité et infini, essai sur l'extériorité, Librairie Générale française, Paris, 2003, p. 74.

13F. NIETZSCHE, Œuvres, Le gai savoir, livre quatrième, paragraphe 276, Robert Laffont, Bouquins, 1993, trad. H. Albert révisée par J. Lacoste, p. 165.

14 S. WEIL, La pesanteur et la grâce, Plon, Agora, 1947 et 1988, p. 81.

15Idem, p.130.

16S. MALLARMÉ, Igitur, Divagations, Un coup de dés, « Un coup de dés jamais n'abolira le hasard », Gallimard, 1914, 1976, p. 426-427.

17Idem, p. 95.

18G. STEINER, Réelles présences, les arts du sens, Gallimard, Folio, 1994.

19HEGEL, Esthétique, textes choisis par Claude Khodos, PUF, Paris, 1953, 2004, p. 23.

20Montaigne, Œuvres complètes, Essais, Livre III, ch. 2, Gallimard, Pleiade, 1962, p. 787.

21« Passages », http://uggug.info/doku.php?id=passages (page visitée le 26.01.10).

22Paule et Paul, http://antoinemoreau.org/index.php?cat=Paule (page visitée le 26.01.10).

23Revue qui aura omis de mettre la mention copyleft qui indique que « Passages » est libre selon les termes de la Licence Art Libre. Un correctif devrait être fait dans le numéro 9. Laura n°8, http://groupelaura.free.fr/LAURA8.html (page visitée le 26.01.10).

24Sculpture confiée 570, http://www.antoinemoreau.org/index.php?art=1967 (page visitée le 26.01.10).

25Peinture de Fabrice Hyber réalisée en janvier 2010 sur peinture de Miguel-Angel Molina réalisée en octobre 2007 sur peinture de… La totalité des peinture (29 à la date de rédaction de ce texte) http://antoinemoreau.org/index.php?cat=peintpeint (page visitée le 26.01.10).

26George Brecht, cité par Eric Watier, sans indication de source, « L'œuvre discrète », http://www.ericwatier.info/ew/index.php/loeuvre-discrete (page visitée le 19.01.10).

27« Tout art est information et communication », avance I. Wilson qui confirme avoir « choisi de parler plutôt que de sculpter », http://www.mamco.ch/artistes_fichiers/W/wilson.html (page visitée le 20.01.10).

28Stanley Brouwn, Larousse, http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Brouwn/151317 (page visitée le 20.01.10).

29A. BLANCHARD « This is so contemporary ! Les « situations construites » de Tino Seghal », Horsd'œuvre n°4, 15.09.09, http://interface.art.free.fr/spip.php?article252 (page visitée le 20.01.10).

31Wikipedia , définition de « Wikipedia » http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikipedia (page visitée le 26.01.10).

32GNU Free Documentation licence http://www.gnu.org/licenses/fdl-1.2.html (page visitée le 26.01.10).

33CC Attribution-Share Alike 3.0 Unported, http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0 (page visitée le 26.01.10).

34Pour la création hors logiciel la licence Creative Commons sa + by et la Licence Art Libre sont les plus appropriées . « Les licences copyleft » http://fr.wikipedia.org/wiki/Copyleft#Les_licences_Copyleft (page visitée le 27/03/06).

35« Licenses » http://www.gnu.org/licenses/licenses.html (page visitée le 27/03/06).

36Travaux discrets , http://www.ericwatier.info/ew/index.php/travaux-discrets (page visitée le 19.01.10).

37Exposition du 8 novembre au 20 décembre 2008 à la base d'Appui d'Entre-deux, Nantes. http://antoinemoreau.org/index.php?cat=expo6.8 (page visitée le 20.01.10).

38Réalisation de la proposition http://antoinemoreau.org/index.php?art=1783 (page visitée le 20.01.10).

39« Sur ces mots il y a peut-être votre regard ou peut-être pas. », Antoine Moreau, janvier-avril 2009, d'après Eric Watier, « Travaux discrets », 1981/2008 etc., celui-ci : « Écrire en vinyl transparent sur un support lisse : « Sur ces mots il y a peut-être votre regard ou peut-être pas. » », proposé pour Tool Box.

Mise en place dans un panneau Decaux à l'occasion de l'exposition « Urban Ping Pong, Didier Courbot, Éric Hattan, Tool Box », Galerie Fernand Léger, Ivry sur Seine, du 17 avril au 14 juin 2009. Production : Centre d’art contemporain d’Ivry, Le Crédac.

Copyleft : Antoine Moreau, 16 avril 2009, cette photographie est libre, vous pouvez la copier, la diffuser et la modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://artlibre.org

40PASCAL, op. cit., fragment 43, p. 81.

21/07/2010 12:16



RMLL 2010 : Copyleft et Licences libres, quels enjeux pour l’art et la culture ?

Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 6 au 11 juillet 2010

Copyleft et Licences libres, quels enjeux pour l’art et la culture ?

Le libre accès aux œuvres est désormais un enjeu de société. Coextensive au développement d’internet et des technologies numériques qui bouleversent l’économie de la création, la liberté de copier, utiliser, modifier et redistribuer les œuvres apparaît comme un levier déterminant pour l’émergence d’un nouvel écosystème qui n’a pas encore exprimé toute sa puissance. Dans ce contexte, les licences libres sont perçues par certaines sociétés d’auteurs comme un danger pour le copyright et les anciens modèles économiques encore en vigueur.

L’utilité des licences libres n’est plus à démontrer dans le domaine du logiciel, et bon an mal an, la multiplicité de ces licences, parfois compliquée de doubles licences, n’a pas empêché le développement des logiciels libres. Mais qu’en est il pour la création artistique ou les publications académiques ? Comment la liberté de copier, utiliser, modifier et redistribuer peut favorise la préservation et la diffusion des œuvres en tant que bien commun de l’humanité ? En quoi est-il également avantageux d’utiliser des licences libres pour la musique, la littérature, les arts plastiques, les publications éducatives ou scientifiques ?

Bien que tous ces genres relèvent du même régime de propriété littéraire et artistique, on observe des différences non négligeables selon les domaines d’activité. Ces différences peuvent être relatives à la nature des productions, à leurs finalités, aux processus de création et usages sociaux en vigueur dans les milieux professionnels ou encore aux modèles économiques dans lesquels ces activités trouvent leur conditions de viabilité. Aussi, il est parfois difficile d’imaginer concrètement comment l’application des licences libres peut fonctionner dans un autre domaine quand on raisonne avec les conventions de son propre champ de compétences.

La nécessité de transposer les principes fondamentaux du libre dans des formulations juridiques qui soient adaptées à d’autres objets que le logiciel est indéniable. Mais jusqu’où et selon quels critères est il souhaitable de pousser la spécialisation -et par conséquent la multiplication- des licences libres ? Comment se repérer dans le foisonnement des licences copyleft, libres ou semi-libres ?

Paradoxalement, les problèmes de compatibilité entre des licences voisines telles que la Licence Art Libre et la CC by-sa risquent à terme de découper des territoires alors que l’intention première est d’ouvrir les possibilités de réutilisation créative. Par ailleurs, la multiplication des licences semi-libres ou trop spécialisées introduit de nouveaux découpages et des complications propres qui finissent par produire une perception très confuse des licences libre. A quel niveau et comment peut-on dégager une norme ? Quelles solutions peut-on envisager pour surmonter ces problèmes de compatibilité ?

Nous discuterons ces questions en tentant d’esquisser les enjeux liés à l’utilisation des différentes licences.

30/06/2010 18:08



Plausible Artworlds / Free Art License

basekamp

Free Art License

June 15, 2010 – 6:00pm – 8:00pm

  • Le mardi 15 juin 2010 : minuit – 02 heures. Via Skype –> skypename: ‘basekamp’.

This Tuesday is another event in a year-long series of weekly conversations and exhibits in 2010 shedding light on examples of Plausible Artworlds.

This week we’ll be talking with Antoine Moreau about “Free Art License”.

Lire la suite sur basekamp.com

15/06/2010 09:33



Financements innovants pour la création à l’ère du numérique. Fête des arts libres.

20 juin festival arts libres

Une après-midi pour dresser le panorama des nouveaux systèmes de soutien à la création.

Le Dimanche 20 juin à partir de 14 h à la Mairie du IIe arrondissement

Au moment où la loi instaurant Hadopi entre en application, la SARD (Société d’acceptation et de redistribution des dons) dresse le panorama des financements innovants permettant de donner un modèle économique fondé sur l’accès à la création sans compromettre la liberté des internautes.

Pour la première fois, le 20 juin, à Paris, sept projets et expériences – Yooook, Moozar, la SARD, MCN, Shagaï, Ulule et Kachingle – seront présentés et débattus par leurs fondateurs en présence de sociétés de gestion collective, de fédérations d’auteurs et d’associations fédérant des internautes ou consommateurs.

  • Lire la suite sur le site de la SARD.

Et une fête pour faire découvrir des œuvres et des artistes faisant le choix des licences libres.

SAMEDI 19 JUIN 2010 à la Cité des Arts de Montmartre : projections de films libres dans des ateliers d’artiste de la Cité des Arts de Montmartre. Sur invitation uniquement.

Dimanche 20 JUIN 2010, concerts de 19h30 à 00h00 à la Mairie du 2ème, 8 rue de la banque, 75002, metro bourse.

12/06/2010 08:51



Le copyleft, la topie tournante de l’auteur.

D'ailleurs / utopies

Introduction.

Sans doute suis-je invité à ce colloque sur l’utopie pour présenter ce qui apparaît comme tel dans le système du droit d’auteur : le copyleft.

Je vais montrer qu’il ne s’agit pas là d’une utopie1, mais bien au contraire de ce qui a déjà lieu, de ce qui est présent, aussi présent que peut l’être un événement, là, sous nos yeux. Ce qui a toujours été présent par le passé et ce qui le sera par le futur si le réalisme pressant, pour ne pas dire oppressant, d'une actualité qui prend tout le temps, ne gagne pas ce qui est réel, ce qui a lieu réellement.

Je vais me souvenir, pour vous présenter le copyleft, de ces deux affirmations :

« Rien n’aura eu lieu que le lieu »2.

« Je est un autre »3.

Qu’est-ce que le copyleft et la Licence Art Libre ?

Issu des logiciels libres, le copyleft est une notion juridique qui autorise :

  • l’usage

  • la copie

  • la diffusion

  • la transformation des créations logicielles.

Avec une obligation fondamentale : conserver intact ces quatre droits. On ne peut s’approprier de façon exclusive une œuvre créée sous les conditions du copyleft. Ce qui est mis sous copyleft demeure sous copyleft.

Le copyleft est une notion juridique qui a trait aux droits des auteurs et qui a été formalisé par Richard Stallman, informaticien créateur de Emacs4, initiateur en 1984 de la Free Software Foundation et du projet GNU5. Il s'agit d'une conception de la création informatique dont on retrouve les prémices dans le projet « Share » d’IBM6 qui, dans les années 50 et conformément à la tradition du travail des informaticiens depuis les débuts de l'inormatique, encourageait l’échange des savoirs et la transformation des données.

Pour concrétiser juridiquement l’idée du copyleft (l’usage, la copie, la diffusion et la transformation d'un objet), la rédaction d'une licence a été nécessaire. Ce sera la GPL7 (General Public License) co-écrite avec le juriste Eben Moeglen en 1989 pour la création des logiciel lorsque des marques ont commencé à s'approprier, sans partage, l'invention dans le domaine de l'informatique.

C’est avec la licence GPL qu’a été créé un des logiciels libres parmi les plus connus, le système d’exploitation GNU/Linux. Son code source est ouvert et gracieusement mis à disposition sur le net. On le trouve également distribué dans le commerce ou diffusé via des revues informatiques pour moins de 10 euros8.

Il existe des milliers de logiciels libres9. Si, par exemple, vous n’avez pas les moyens de vous acheter Photoshop et si vous ne voulez pas vous retrouver dans l’illégalité à cause d'une copie « pirate » que vous auriez trouvé en ligne via peer-to-peer ou qu'un ami vous aurait faite, je vous conseille d’utiliser « The Gimp10 ». C’est un logiciel libre de retouche d’image comparable au logiciel propriétaire d'Adobe.

Pareil pour le traitement de texte, souvent réduit au seul Word de Microsoft. Avec Open Office11 vous avez une suite bureautique libre qui offre les mêmes fonctionnalités et qui est gracieusement mise à disposition en ligne.

Voilà la réalité présente : non pas la gratuité (« demain, on rase gratis ») mais, par la grâce du don, la beauté du geste qui fait le partage des données et le transport des valeurs.

Une éthique qui forme de la liberté de l’égalité et de la fraternité.

Le logiciel libre, au delà de son aspect utilitaire, a une dimension philosophique qui avantage le travail collaboratif et considère les créations comme des biens publics. Le savoir et la création doivent pouvoir être accessibles et partagés.

Il s'agit là d'un mouvement mondial issu de la culture des hackers et de l’internet. « Hacker » à prendre au sens de « artiste de l’informatique » et non au sens de « pirate », ce que ne sont pas les informaticiens du logiciel libres12. La piraterie est finalement une forme convenue d’allégeance aux codes de conduites propriétaires via une transgression qui aliène la liberté à l'objet convoité.

Le copyleft du logiciel libre est une éthique « au delà du bien et mal », si j’ose dire, au delà du « bien » propriétaire et du « mal » pirate (ou inversement). C’est, dans le cadre du droit, l’exercice avisé de ce que le droit par défaut n'autorise pas : la libre copie, diffusion et transformation des oeuvres. Le copyleft s'appuie sur le droit d'auteur pour, via une licence juridique, donner certains droits spécifiques entre parties et conformément au droit d'auteur.

Ce n’est donc pas l'idée du « hors-la-loi » mais celle de retrouver les droits fondamentaux qui ont formé la culture grâce à la transmission des biens et des savoirs et que nous avons tendance à oublier. La pratique intelligente du matériau numérique et l'exercice du transport réticulaire de l'internet a déterminé cette philosophie de l'échange des richesses où la liberté d'action n’est pas considérée comme une fin en soi mais comme un point de départ qui se prolonge en égalité et en fraternité. Cela nous rappelle quelques principes qui ne nous sont pas étrangers…

Comment cette culture issue du monde du logiciel libre et de l'internet s’est étendue à la création artistique 13?

En Janvier 2000 j'organise à Paris, avec un groupe d’amis artistes réunis autour de la revue Allotopie14, des rencontres et des débats entre informaticiens, juristes et différents acteurs du monde de l'art pour informer sur la notion de copyleft et des logiciels libres. L'idée était de voir en quoi cette notion pouvait être pertinente pour la création artistique et plus globalement pour tous types de créations hors logiciel.

Des informaticiens utilisant ou créant des logiciels libres et des artistes ont pris connaissance les uns des autres et ont pu constater qu'ils avaient de nombreux point communs. Notamment celui-là : la liberté et la joie de créer.

Ainsi, le « How-to become a hacker ? » d'Eric S. Raymond peut-être facilement transformé en « Comment devenir un artiste ? ». Ce que j'ai fait, avec l'autorisation de l'auteur, en changeant des mots propres à l'informatique par des mots concernant l'art15.

En Mars 2000, nous mettons en place un atelier-exposition-rencontre pour expérimenter la possibilité d'œuvres ouvertes et rédiger ensemble une licence libre inspirée par la GPL. Elle voit finalement le jour en juillet 200016.

Nommée « Licence Art Libre »17, c'est une licence libre de type copyleft qui autorise la copie, la diffusion et la transformation des œuvres à condition de conserver ces trois droits également. Ce qui est ouvert reste ouvert.

En offrant le droit de copier, de diffuser et de transformer les œuvres, le copyleft pose les conditions qui permettent à la création d’avoir lieu et d’être présente. C’est-à-dire d’être, non pas simplement existante et achevée dans une démonstration qui ferait la preuve de sa réalité et de ses qualités, mais d’être toujours actuelle, jamais définitive, quand bien même elle serait finie et jugée parfaite.

Une création sous copyleft échappe à ce qui plombe généralement la création :

- 1/ l’emprise de l’auteur qui, par son autorité, fait barrage à l’augmentation de l’oeuvre. Il est intéressant de savoir que « auteur » selon l’étymologie, est celui qui augmente le patrimoine culturel (du latin augere qui veut dire augmenter, accroître). Ce que le droit d’auteur ne permet que très parcimonieusement car il faut attendre 70 ans après la mort de l’auteur pour que son œuvre soit dans le domaine public.

- 2/ L’objet d’art défini comme tel et comme tel fini, achevé. Cet objet d'art occulte souvent l'objet DE l’art alors même qu'il devrait être le signe qui indique le chemin qui y mène. L'objet d'art en éloigne souvent et fige le moment gracieux de la création en monument intouchable, un totem terrifiant.

Loin d’être une utopie, un doux rêve, ou même le fruit d’une dure revendication, ce que crée le copyleft est un topos réel, un lieu altéré et vivant.

Depuis que Copyleft Attitude, existe, c’est-à-dire depuis 2000, il s’est créé des milliers d'objets, des centaines de relations, des dizaines évènements qui ont cette qualité esthétique invisible d’être portés, non pas par la gratuité, mais par la grâce, la grâce du don, une beauté certaine du geste.

L’utopie est réelle, la réalité est utopique.

Je vais faire un renversement de perspective.

Si « la vraie vie est absente » comme le déclare encore notre poète aux semelles de vent18, cette absence n'est pas synonyme de « nulle-part », elle ne se trouve pas dans l'ailleurs utopique, mais bien ici-même où elle a lieu. C’est cela qu’il nous faut découvrir, c’est à dire inventer : le moteur du vide, la mécanique qui troue et qui, invisible sous la carrosserie, fabrique l'oxygène qui va nourrir l'esprit.

Un lieu qui nous habite alors, une aire que nous pouvons habiter.

Le copyleft n’est pas une alternative, ce n’est pas « un autre monde est possible », c’est véritablement le monde tel qu’il est depuis l’invention des grands récits de l’humanité, des mythes fondateurs et notamment des images qui instituent le rapport entre soi et ses semblables19. Le monde tel que nous l’inventons aujourd’hui quand nous savons le voir et le découvrir en forme. Il est intéressant également de savoir que « inventer » veut dire « découvrir » ce qui existe déjà. Ainsi de la personne qui trouve un trésor, on dit qu’elle en est l’inventeur. Elle a inventé le trésor, elle a inventé ce qu'elle a découvert.

L’observation attentive de l’internet tel qu’il est (mais pas ce qu'il est en train de devenir par toutes sortes de pressions20), invite à adopter les standards ouverts et tout ce qui procède de ce principe de transport des données, réglé, on peut le dire, comme du papier à musique21. Les fausses notes ne viennent pas tant de l'internet, accusé par exemple d'être « La plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes22 », que de l’usage inconséquent qui en est fait. Soit par ignorance, par négligence ou encore par volonté de nuire.

Le rapport « signal/bruit »23 doit se faire en faveur du signal plutôt que du bruit si nous voulons toujours jouir de la puissance de ce moyen de transport. Non pas pour « mieux communiquer », mais par souci de la beauté de la forme même du transport et de l’éthique qui lui est intrinsèque. Une forme d’art, pas une forme de communication, ni même d’art de la communication. La forme du moteur artistique, la forme de ce qui est moteur en art, une puissance de liberté et de création.

Ce qui a lieu là, ce qui est réel, vrai et sensible, c’est ce que nous appelons injustement l’« utopie », cet ailleurs de nulle part. Alors qu'il s'agit bien d'un lieu et de ce qui a lieu. C'est dire si nous sommes dans le topos, dans le topique. Y compris dans l'« immatériel ».

De la même façon, nous nous sommes trompés en nommant « fétiches »24 les sculptures africaines. Nous les avons comprises comme œuvres d’art fabriquées par des artistes, certes un peu sauvages, alors que, précisément, ces œuvres, réellement ne sont pas d’art et ne sont pas fabriquées par des artistes. Ne sont même pas fabriquées du tout.

Car le sorcier qui fait l’objet, à vocation religieuse, le fait hors de lui, en transe, sous l’emprise d’un dieu. Ce n’est pas sa main qui le fabrique, mais l’esprit du dieu qui le fait. On appelle ce type d’œuvre, des œuvres acheiropoïètes, des œuvres non faites de main d’homme25. Comme le suaire de Turin, par exemple, pour ce qui concerne l'Occident.

Pour les mal nommés « fétiches africains », non seulement la fabrication est hors art, hors main, mais elle est aussi hors territoire : la plupart du temps, l’objet créé ainsi est abandonné en dehors du cercle du village pour être trouvé ensuite, accidentellement, par un habitant du village. Il est alors vu comme tombé du ciel, venu d’ailleurs et fabriqué de là. Fabriqué de l'au-delà.

Vous voyez combien, en qualifiant de « fétiches » des objets non fait de main d’homme, on n’en a perçu ni compris la « réelle réalité ».

Il en est de même pour l’utopie : ce « nulle part » est bien le lieu du réel et de ce qui a réellement lieu, au contraire des territoires qui sont les lieux de la réalité où se joue nos fictions, nos croyances. L'utopie, c’est là présent et présentement. Nous y prenons part de toutes parts.

Un autre monde n’est pas possible en réalité. Il est déjà réel. Pour y prendre part, il suffit de le percevoir. C’est affaire de perception et d’acceptation des conditions du réel.

Ce qui est par contre vraiment utopique, c’est de croire, de penser, de vouloir la réalité. Pire, le réalisme.

Car c’est bien la réalité qui est l’utopie, nulle part, ailleurs, toujours à faire. La réalité n’est nulle part présente, elle n’existe pour ainsi dire pas, ce qu’on en connaît est un trompe l’œil fabuleux et terrifiant.

Il nous faut donc inverser le point de vue, à l'image des icônes qui le font dans la tradition orthodoxe26 (lumière du tableau éclairant le regardeur, perspective inversée, objet transcendant le formalisme esthétisant) et plus près de nous comme a pu le faire le carré noir de Malévitch, image radicale et absolu de toutes images27. Une image qui va à l’essentiel, véritable économie de toutes les images possibles, sans pour autant nier les images et verser dans l’iconoclasme fatal.

A la première page du nouveau livre du temps, nous plaçons le carré, noir comme un mystère, ce plan nous regarde avec son visage sombre comme s’il cachait les nouvelles pages de l’avenir. Il sera le cachet de notre époque, n’importe où et n’importe quand, quand il sera accroché, il ne perdra pas sa face28.

Je propose donc de penser, dans cette perspective inversée et avec ce « nouveau livre du temps », que la réalité n’existe pas. Elle est subsistance, trace de réel, nous nous appliquons à la réaliser par la force de la volonté et du travail servile. Mais jamais elle n’a lieu.

Elle prend place dans les territoires, terrains de jeu où nous sommes joués. Croyants avoir affaire à ce qui est réel, nous en sommes en réalité absents.

La réalité n’a pas lieu, ce qui a lieu, c’est le réel, c’est à dire l’un-possible, le seul réellement possible, ce dont nous sommes porteurs en vertu de notre puissance. Ce virtuel là est bien réel, c’est la forme invisible qui nous met en forme, visiblement.

Ici même, là en ce moment où je vous parle, nous sommes dans une réalité perceptible, mais ce qui a lieu c’est le réel que nous partageons tous ensemble de façon singulière, dissemblable et sans aucune fusion, ni totalité. C’est dans ce qui a lieu réellement que nous sommes en « utopie » (la mal nommée), ici même et ce qui s’opère est invisible mais bien sensible.

Le copyleft, pareil à l’internet, dont on peut dire qu’il en est le paradigme, crée un espace libre, un temps libre où a lieu une liberté effective.

On peut affirmer que le copyleft est le paradigme de l’internet parce que la naissance du réseau des réseaux correspond aux premières Request For Comment29 qui, à partir de 1969, définissent les standards du réseau en train de se faire, c’est à dire ce qui va lui permettre d’être praticable quelque soit la machine qu’on utilise. L’adoption au début des années 80 de la norme TCP/IP30, qui est un ensemble de protocoles ouverts, va également dans le même sens : faire de l’internet un lieu réellement démocratique, on pourrait dire même hyper-démocratique.

Ainsi, bien avant sa formalisation juridique le copyleft est consubstantiel à la pratique de l’informatique et de l'internet.

La topie tournante de l’auteur

Maintenant, je vais essayer de montrer en quoi le copyleft est le lieu révolutionnaire de l’auteur, ou plus exactement, le lieu « révolutionnant » de l'auteur ce que j’ai appelé « la topie tournante de l’auteur ».

En quoi l’auteur n’est pas cet individu excentrique qui parlerait d’un autre monde se voulant être lui-même, par cet ailleurs, le centre du monde et qui aurait autorité sur tout le monde, mais bien le porte parole d’un Texte31 commun à tout le monde et qui est la matière même du monde.

Mais avant toute chose, il me faut définir ce que j’entends pas « révolution ». Sûrement pas ce qui procède d’une science de l’histoire, d’une utopie sociale et de l’avènement d’un paradis sur terre. Je prends « révolution » dans son sens copernicien. C’est à dire ce qui tourne, ce qui évolue sans cesse, sans qu’il n’y ait justement cette conception historicisante de la révolution qui impose au final le déjà révolu, par la volonté de faire table rase du passé et d'accoucher d’un futur angélique.

Il nous faut reformuler et dire qu'il y a révolution quand il y a changement de paradigme à nouveau et mutation encore et qui prolonge le passé vers le futur et ainsi de suite32 à présent. Un éternel retour33.

Ainsi, ce qui est véritablement révolutionnaire et révolutionnant c’est ce qui a lieu réellement : tout ce qui est moteur, ce qui est déjà là et qu’on invente, c’est à dire qu’on découvre en y mettant les formes. Un poème, par exemple, est un texte révolutionnaire et révolutionnant.

Donnons, pour parfaire, au mot révolution le sens d’une re-évolution, c’est à dire une remise en forme de ce qui fait évolution sans cesse.

Ainsi la révolution est une reforme, une reformulation de ce qui évolue.

Non pas une réforme (la forme dans les réformes est pure formalité, administrée comme on dit : « pour la forme »…), non pas une réforme, mais bien une reforme, une remise en forme. Pour la forme, c’est à dire vraiment par souci d'être en forme, en grande santé34.

L’auteur est alors là une topie tournante, une identité mouvante : je est un autre qui est un autre je qui est un autre et un autre qui est un je réel.

Il accompagne la révolution en train de se faire avec des pensées, des faits et des outils. Ceci fait œuvre.

Pour que ce réel prenne place dans la réalité il utilise un outil légitimant, une licence libre de type copyleft comme la Licence Art Libre. Il rend réelles ses intentions de liberté. Intentions révolutionnaires et révolutionnantes d’autoriser légalement la copie, la diffusion et la transformation des oeuvres. Et d'interdire la jouissance exclusive des biens communs.

Sans outil juridique, sans licence, « copyleft » est un mot creux, un voeu pieux. Et c’est là un point important à souligner : c’est par la mise en pratique de l’outil que la réalisation se fait réellement. Quelque soit le jugement de qualité donné ensuite à cette création selon les critères en vigueur du goût du moment.

L’art libre est au delà du bien fait ou du mal fait, il existe à partir du moment où il donne l’autorisation d’être refait. Sans méfaits.

L’auteur est bien alors celui qui autorise l’augmentation, augmente lui-même et fait augmenter.

Antoine Moreau, février 2005 (revu en janvier 2006 et 2010), « La topie tournante de l'auteur », texte de la conférence donnée lors du colloque sur l'utopie aux Beaux-Arts de Besançon le 24 février 2005.

Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le transformer selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org

1Utopie : U (restrictif) topos (lieu) = qui n'est en aucun lieu. http://fr.wikipedia.org/wiki/Utopie

2Stéphane Mallarmé “Un coup de dés”, Igitur, Divagation, Un coup de dés, Poésie/Gallimard, 1914-1976, p. 426, 427.

3Arthur Rimbaud, « lettre à Paul Demeny » le 15/05/1871, Œuvres complètes, correspondance, Robert Laffont, Bouquins, septembre 2004, p. 227. http://www.azurs.net/arthur-rimbaud/rimbaud_correspondance_15.htm

4 Editeur de texte multi-usage très utilisé par les programmeurs http://www.gnu.org/software/emacs/emacs.html

6 Une très bonne approche critique de l’histoire du logiciel libre :

http://www.libroscope.org/Un-point-de-vue-subjectif-sur-l.

Voir aussi « Les Tenors de l'Informatique Libre », http://www.velic.com/publications/tribunelibre/index.html

8 Sous diverses distributions comme Debian, Ubuntu, Mandriva, Suse, Red Hat, etc.

9Pour découvrir les logiciels libres disponibles sous Linux mais aussi mac-os ou windows : http://framasoft.org

11 OpenOffice.org http://fr.openoffice.org/

12«Il existe aussi un groupe de gens qui prétendent être des hackers mais n'en sont pas. Ce sont des gens (il s'agit surtout d'adolescents de sexe masculin) qui prennent leur pied en s'introduisant dans les ordinateurs et en piratant le réseau téléphonique. Les véritables hackers appellent ces gens des «crackers» et ne veulent avoir aucun rapport avec eux. Les véritables hackers considèrent en général que les crackers sont paresseux, irresponsables et pas si brillants que ça ; ils leur objectent qu'il ne suffit pas d'être capable de briser des codes de sécurité pour être un hacker, de même qu'il ne suffit pas d'être capable de faire démarrer une voiture volée pour être un ingénieur du secteur automobile. Malheureusement, un bon nombre d'auteurs et de journalistes se sont fait avoir et confondent les crackers avec les hackers, ce qui a le don d'irriter profondément ces derniers. La différence fondamentale est la suivante: les hackers construisent ce que les crackers détruisent. »

Eric Raymond, « Comment devenir un hacker. », Libres enfants du savoir numérique, Éditions de l'éclat, 2000, p. 257. Disponible sur http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Raymond2/raymond2.html

13Pour une connaissance approfondie, lire « Le copyleft appliqué à la création artistique, le collectif Copyleft Attitude et la Licence Art Libre » Antoine Moreau, mémoire de D.E.A en Art des images et Art Contemporain, Université Paris VIII, réalisé sous la direction de Madame Liliane Terrier. http://antoinemoreau.net/left/dea/DEA_copyleft.html

14Roberto Martinez, Antonio Gallego, Emmanuelle Gall, François Deck.

15Comment devenir un artiste ? http://antoinemoreau.net/artiste.html

16La Licence Art Libre a été rédigée par Isabelle Vodjdani et Antoine Moreau, artistes, avec l'aide de Mélanie Clément-Fontaine et David Geraud, juristes parmi les premiers à s'être intéressés aux licences libres.

17Sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org

18Arthur Rimbaud, Une saison en Enfer, oeuvres poétiques, Garnier Flammarion1964, Paris, p.126.

19 Pour comprendre l’institution des images et leur fonction dogmatique : Pierre Legendre, Dieu au miroir, Fayard, 1994.

20Rajouté au texte initial le 12 janvier 2010. Hadopi, Loppsi, etc… Voir l'article de Stéphane Bortzmeyer, « Dangers sur l'internet », 11/01/10 http://www.bortzmeyer.org/dangers-sur-internet.html

21Par exemple pour les formats ouverts : « Pourquoi utiliser des formats ouverts? » http://www.openformats.org/fr

22Jacques Séguala, émission On n’est pas couché sur France 2, http://www.extremepc.fr/actualite-2927-jacques-seguela–internet-c-est-de-la-merde..html

23Le rapport signal sur bruit désigne la qualité d'une transmission d'information par rapport aux parasites.http://fr.wikipedia.org/wiki/Rapport_signal-bruit

24 Fétiche, néologisme calqué du portugais fetiçao, traduction du latin facticius qui veut dire « fait » (de main d'homme sous-entendu). J. Kerchache, J.L. Paudrat, L. Stephan, L’art africain, Mazenot, 1988, p. 53.

25 Idem, p. 53

26Marie-José Mondzain, Image, icône, économie : Les Sources byzantines de l'imaginaire contemporain, Edition du Seuil, Paris, 1998, 296 p.

27Philippe Sers, L'avant-Garde Radicale, le renouvellement des valeurs dans l'art du XXe siècle, Les Belles Lettres, Paris 2004, chapitre « Le carré noir », p. 143 à 145.

28Kasimir Malévitch, « La primogénèse du suprématisme » Anarhija n°81 Moscou le 9 juin 1918, cité dans Andrei Nakov, Le peintre absolu, tome 2, Thalia Édition, 2007, p. 74. Remerciements à Jean de Loisy, co-commissaire de l'exposition « Traces du sacré » pour m'avoir transmis les références de cette citation lue sur le cartel du Carré Noir exposé à cette occasion.

29 Les Request For Comment (RFC, littéralement : « demande de commentaires ») sont une série de documents et normes concernant l'internet, Une traduction en français des RFC : http://RFC-Editeur.org

30 Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/TCP/IP

31Pierre Legendre, De la société comme Texte. Linéaments d'une Anthropologie dogmatique, Fayard, Paris 2001, 258 p.

32 « Une nouvelle vérité scientifique ne triomphe pas en convaincant les opposants et en leur faisant entrevoir la lumière, mais plutôt parce que ses opposants mourront un jour et qu’une nouvelle génération, familiarisée avec elle, paraîtra. » Max Planck, Autobiographie Scientifique, cité par Thomas S. Kuhn, La Structure des Révolutions Scientifiques, Ed. Flammarion, Champs, 1983.

33« Tout se brise, tout s'assemble à nouveau ; éternellement se bâtit le même édifice de l'existence. Tout se sépare, tout se salue de nouveau ; l'anneau de l'existence se reste fidèle à lui-même. » Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, in Oeuvres, Robert Laffont, Bouquins, Paris 1993, p. 456.

34Idem, Le Gai Savoir, p. 252.

07/06/2010 17:54



L’autre de l’auteur.

Papiers Libres n°60

Son nom, il le signe à la pointe de l'épée

D'un Z qui veut dire Zorro1.

Un signe qui veut dire…

Auteur. Mais l'auteur n'a pas toujours signé, Dieu était Le Créateur. Puis l'auteur s'est cru créateur, sa signature l'affirme. Enfin, l'auteur aura signifié sa réelle présence sans la nécessité d'en montrer signe. La signature fait tâche et mine de rien l'auteur fait tout.

Puis, est venu l'internet, le numérique et le logiciel libre.

Le copyleft, un © à l'envers.

Sont apparus des milliers d'auteurs en ligne et en travers avec un principe de création simple : le copyleft. Il s'appuie sur le droit d'auteur en vigueur pour le retourner comme on le fait d'une vieille chaussette.

Avec la Licence Art Libre, l'autorisation est donnée de copier, de diffuser et de transformer librement les oeuvres dans le respect des droits de l'auteur2.

Signer c'est bon singe.

Singer est le propre de l'homme. Copier c'est apprendre, apprendre à se singulariser. Par ma signature j'avoue ma descendance simiesque. C'est pourquoi le copyleft n'est pas la négation de l'auteur mais son jeu possible. Je signe d'un nom d'auteur qui n'est pas l'Auteur nom de nom ! Je descends du signe comme le singe de l'arbre.

Je signe = singe-moi ! Quitte à faire de plus belles grimaces. Mais sans refermer l'œuvre : ce qui est copyleft ne peux être copyright. La signature ouvre sur l'autre de l'auteur et ainsi de suite.

Antoine Moreau, « Copyleft, l'autre de l'auteur », février 2010, texte paru dans la revue Papiers Libres n°60, avril-mai-juin 2010.

Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org

1N. Foster, « Zorro », générique de la série télévisée ; musique : G. Bruns.

2Préambule de la Licence Art Libre http://artlibre.org

07/06/2010 17:51



Totopyleft. La tête à Toto au mur Saint Martin.

Totopyleft. La tête à Toto au mur Saint Martin.

0+0= la tête à Toto.

Le mur Saint Martin invite Antoine Moreau.

Vernissage 180, rue Saint Martin 75002 Paris, le 05 juin 2010 à partir de 16h30.
Exposition du 05 au 20 juin 2010.

Photographie : Antoine Moreau, « La mention copyleft de la tête à Toto du mur Saint Martin », 26 mai 2010.
Copyleft : cette photographie est libre, vous pouvez la copier, la diffuser et la modifier
selon les termes de la Licence Art Libre.

27/05/2010 15:15



Conférence (bis) Sciences Po, le 7 mai 2010

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Intitulée  ’’L’art libre, renouveau de l’art’’, elle réunira quelques acteurs de l'art libre avec notamment la projection du film « Printemps Soluble » de Joseph Paris.

  • Vendredi 7 mai 2010 de 19h15 à 21h15 dans l’Amphithéâtre Albert Sorel de Sciences Po (27 rue Saint Guillaume, 75007 Paris).

Organisé par Rémy Cérésiani avec Charles Magdelaine, Tomas Férézou et Louis Couture.

Plus d'infos sur kassandre.org

29/04/2010 13:22



« Contrefaçon : la vraie expo qui parle du faux », se soucie peu de parler vrai.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, j’ai la fausse joie de vous annoncer l’ouverture d’une exposition aux prétentions pédagogiques sur la Propriété Intellectuelle dont le seul volet consacré à la présentation du Libre, un texte concis enregistré par votre serviteur, a été censuré à la demande de l’INPI, principal partenaire de l’exposition.

« CONTREFAÇON, la vraie expo qui parle du faux » commence le 20 avril à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette et court jusqu’en février 20111. Comme son sous titre accrocheur l’indique, vous y verrez fausse monnaie, fausses marques, faux médicaments, fausses montres,… et dans la foulée, le faux nez de la vraie musique téléchargée illégalement par quelques adolescents dont on se propose de corriger l’égarement à coup de questionnaires faussement ludiques et de sorties scolaires faussement récréatives2. Copier c’est mal, voilà tout le message de ce déballage qui décrit les multiples formes de la contrefaçon avec la verve qu’en d’autres temps, des enlumineurs auraient employée pour dépeindre les sept péchés capitaux en motifs grotesques.

Hélas, à côté de ce tableau des pratiques illicites, il ne faut pas s’attendre à trouver beaucoup de nuances dans la définition de ce qui est au contraire licite en matière de propriété intellectuelle. En effet, le domaine du Libre est totalement exclu du corpus de l’exposition. Et quand je dis exclu, il ne s’agit pas d’omission ou d’ignorance, mais bien de censure.

Initialement, les commissaires de l’exposition avaient prévu de consacrer un modeste volet à la présentation du Libre ; cela leur paraissait incontournable et c’est bien la moindre des choses. Dans cette optique, j’avais été contactée en septembre 2009 par une des commissaires adjointes qui me demandait de rédiger un texte concis définissant le Libre, ses enjeux et ses perspectives. Le texte devait être diffusé dans une petite zone de l’exposition équipée de bornes audio avec la version écrite affichée à proximité.

Mais le 16 avril 2010, quatre jours avant l’ouverture de l’exposition, j’ai reçu un mail de la commissaire en chef m’informant que mon texte ne pourra pas être diffusé : « notre partenaire principal, l’INPI, est farouchement opposé à ce que l’exposition donne la parole aux défenseurs du « libre ». Nous avons essayé de discuter et d’argumenter avec eux mais l’INPI reste intransigeant sur sa position. Nous sommes donc obligés, avec grand regret, de ne pas présenter votre parole que vous aviez, aimablement, accepté de rédiger et d’enregistrer. ». Quelques minutes plus tard, je recevais un mail d’excuses de la commissaire adjointe, sincèrement désolée. En pièce jointe, elle me restituait mon texte, enrichi des traductions réalisées par son équipe. Je l’en remercie, car ces traductions sont bien le seul avantage que j’aurai tiré de cette affaire.

Qu’un établissement public cède aux desiderata de ses partenaires financiers et renonce à sa liberté de parole est en soi scandaleux3. Mais prétendre informer le public sur la question de la Propriété Intellectuelle sans jamais évoquer le modèle du Libre, pourtant en plein développement, est tout simplement malhonnête et relève d’une entreprise de désinformation. Comment peut-on faire semblant de ne pas voir la montagne Wikipedia et l’Himalaya des logiciels libres qui font désormais partie de notre environnement de travail quotidien parmi tant d’autres bourgeons du Libre ? Ne sont-ils pas des exemples éclatants de la réussite d’un régime de propriété intellectuelle qui garantit la liberté de copier, de modifier et de diffuser des œuvres selon un cadre contractuel parfaitement légal ?

Pour moi, ce petit texte est un élément de vulgarisation parmi d’autres et je n’en aurais sans doute pas fait état sans cet acte de censure. Il est d’ailleurs fort probable qu’il serait passé quasiment inaperçu si les choses s’étaient passées comme prévu par les commissaires de l’exposition : qui donc, au détour du fastidieux parcours énumérant les cas de contrefaçon dûment constatés, chiffrés et illustrés, aurait encore le courage de se planter devant une borne audio pour entendre une autre voix ? L’intransigeance de l’INPI qui prive les commissaires de la satisfaction, même illusoire, d’avoir honnêtement couvert le sujet en réservant une portion congrue à la présentation du Libre, est tout à fait étonnant. Pourquoi l’INPI a pris le risque de se ridiculiser en censurant un texte promis aux oubliettes ? Il faut croire que cette voix, aussi discrète soit-elle, dérange encore trop. Elle dérange parce qu’elle n’appartient pas au monde binaire que tentent de nous décrire les lobbys des ayant droit. Cette voix parle à la grande catégorie des amateurs et bricoleurs qui ne se reconnaissent ni dans la figure du faussaire ni dans le masque de l’Auteur floué derrière lequel se cachent les ayant droit4. Pour le coup, ce texte que je trouvais quelque peu effacé à cause de l’exercice de concision auquel j’étais astreinte, prend de l’importance. Aussi, je le publie ci-après, et vous invite à copier, diffuser, commenter ou augmenter tout ou partie de cet article en faisant bon usage des dispositions de la Licence Art Libre :

Le libre, un phénomène en expansion

Dans le cadre du droit d’auteur qui protège les créations littéraires et artistiques, un nombre croissant d’auteurs choisissent de mettre leurs œuvres à la disposition du public avec un type de contrats bien spécifiques qu’on appelle des licences libres. Ces licences autorisent quiconque à diffuser des copies de l’œuvre. Elles l’autorisent également à publier sous sa propre responsabilité d’auteur des versions modifiées de l’œuvre. Ces autorisations sont assorties de deux conditions :
– Premièrement, il faut mentionner l’auteur de l’œuvre initiale et donner accès à ses sources
– Deuxièmement, les copies ou versions modifiées de l’œuvre doivent être publiées avec les mêmes autorisations.

Les œuvres libres sont nécessairement divulguées avec une licence qui garantit ces conditions. Parmi ces licences, on peut citer la GNU GPL, pour les logiciels, et la Licence Art Libre, pour les œuvres culturelles. Le domaine des œuvres libres n’est donc ni une zone de non droit ni assimilable au gratuit. D’ailleurs les anglo-saxons associent le mot français « libre » au mot « free » pour écarter toute confusion, car il y a des œuvres gratuites qui ne sont pas du tout libres, et il y a des œuvres libres payantes.

On parle aussi du « monde du libre » pour désigner l’ensemble des acteurs qui participent à la promotion et au développement du domaine du libre. Ce mouvement s’inspire des usages qui régissent la circulation des connaissances dans les milieux académiques. Mais depuis 1983, ce sont les développeurs de logiciels qui sont à l’avant-garde de ce mouvement et de sa formalisation juridique, car dans ce secteur d’activité la nécessité d’innovation est constante et les utilisateurs ont tout intérêt à mettre la main à l’ouvrage pour améliorer les défauts d’un logiciel ou l’adapter à leurs besoins. Ainsi, ils deviennent à leur tour auteurs.

Ce modèle de développement correspond aux aspirations d’une société démocratique composée de citoyens qui apportent une contribution constructive à la vie publique et ne se contentent pas d’être seulement gouvernés. L’intérêt que suscite le Libre est donc d’abord d’ordre politique. Cet intérêt est exacerbé par le fait que les législations de plus en plus restrictives sur le droit d’auteur évoluent à contresens de l’intérêt du public et deviennent des freins pour la création. Dans ce contexte, les licences libres apparaissent comme une issue légale et pragmatique pour constituer un domaine dans lequel les obstacles à la diffusion et à la réutilisation créative des œuvres sont levés.

Dans le domaine de la création artistique et de la publication scientifique, le modèle du libre correspond aussi à une réalité sociale. C’est l’émergence d’une société d’amateurs qui, à la faveur d’un meilleur accès à l’éducation, au temps libre, aux moyens de production et de communication, s’invitent sur la scène en bousculant parfois les positions établies. Ces amateurs sont les vecteurs, les acteurs et les transformateurs de la culture, ils en sont le corps vivant ; sans eux les œuvres resteraient « lettre morte ».

Depuis le 19ème siècle, avec la création des musées et la naissance du droit d’auteur, notre culture a privilégié les moyens de la conservation pour assurer la pérennité des œuvres. Aujourd’hui, les supports numériques et internet sont en train de devenir les principaux moyens de diffusion des œuvres. Certes, internet est un puissant moyen de communication, mais il n’a pas encore fait ses preuves en tant que moyen de conservation. Ce qui se profile avec le modèle du libre, c’est que parallèlement aux efforts de conservation dont le principe n’est pas remis en cause, une autre forme de pérennisation retrouve sa place dans notre culture ; il s’agit de la transmission, qui fonde aussi la tradition. Or, l’acte de transmission passe par un processus d’appropriation (on ne peut transmettre que ce qu’on a déjà acquis ou assimilé), et cela implique des transformations qui font évoluer les œuvres. C’est la condition d’une culture vivante, une culture portée par des acteurs plutôt que supportée par des sujets.

Licencia libre, un fenómeno en expansión

En el ámbito del derecho de autor que protege las creaciones literarias y artísticas, cada vez más autores optan por poner sus obras a disposición del público con un tipo de contratos muy específicos que se denominan licencias libres. Estas licencias autorizan a cualquiera a difundir copias de la obra. También le autorizan a publicar versiones modificadas de la obra bajo su propia responsabilidad de autor. Estas autorizaciones están sujetas a dos condiciones :
– En primer lugar, es preciso mencionar el autor de la obra inicial y dar acceso a sus fuentes.
– En segundo lugar, las copias o versiones modificadas de la obra deben publicarse con las mismas autorizaciones.

Las obras libres tienen que divulgarse obligatoriamente con una licencia que garantiza estas condiciones. Entre estas licencias, se pueden citar la Licencia Pública General de GNU (GNU GPL por sus siglas en inglés), para los programas y la Licencia Arte Libre para las obras culturales. Por lo tanto, el ámbito de las obras libres no constituye un área sin legislar ni se asemeja a la gratuidad. Por otra parte, los anglosajones asocian la palabra francesa « libre » a la palabra « free » para descartar cualquier confusión, puesto que existen obras gratuitas que no son en absoluto libres y también existen obras libres que son de pago.

También se habla del « mundo de lo libre » para designar al conjunto de actores que participan en la promoción y en el desarrollo del campo de lo libre. Este movimiento se inspira en los usos que rigen la transmisión de los conocimientos en los medios académicos. Pero desde 1983, son los programadores los que están a la vanguardia de este movimiento y de su formalización jurídica, puesto que en este sector de actividad la necesidad de innovación es constante y los usuarios tienen gran interés en actuar para mejorar los fallos de un programa o para adaptarlo a sus necesidades. De este modo, se convierten a su vez en autores.

Este modelo de desarrollo corresponde a las aspiraciones de una sociedad democrática compuesta por ciudadanos que aportan una contribución constructiva a la vida pública y no se contentan solamente con ser gobernados. El interés que suscita la licencia Libre es en primer lugar de orden político. Este interés se intensifica por el hecho de que las legislaciones cada vez más restrictivas sobre los derechos de autor evolucionan en contra de los intereses del público y se convierten en un freno para la creación. En este contexto, las licencias libres surgen como una salida legal y pragmática para constituir un campo en el que se eliminan los obstáculos a la difusión y a la reutilización creativa de las obras.

En el ámbito de la creación artística y de la publicación científica, el modelo de obra libre corresponde también a una realidad social que es la emergencia de una sociedad de entusiastas de la cultura que, estando a favor de un mejor acceso a la educación, al tiempo libre, a los medios de producción y de comunicación, entran en escena cambiando a veces totalmente las posturas establecidas. Estos entusiastas son los vectores, los actores y los transformadores de la cultura ; son el cuerpo vivo y, sin ellos, las obras serían « letra muerta ».

Desde el siglo XIX, con la creación de los museos y el nacimiento del derecho de autor, nuestra cultura favoreció los medios de conservación para garantizar la perennidad de las obras. Actualmente, los soportes digitales e Internet se están convirtiendo en los principales medios de difusión de las obras. Sin duda alguna, Internet es un potente medio de comunicación, pero todavía no ha demostrado ser un medio de conservación. Lo que se perfila con el modelo de obra libre es que, junto con los esfuerzos de conservación cuyo principio no se cuestiona, otra forma de perpetuación encuentra su lugar en nuestra cultura ; se trata de la transmisión, que fundamenta también la tradición. Pero el acto de transmisión pasa por un proceso de apropiación (sólo se puede transmitir lo que ya se ha adquirido o asimilado) y esto implica transformaciones que hacen evolucionar las obras. Esta es la condición para una cultura viva, una cultura sustentada por actores más bien que soportada por sujetos.

Free, a growing phenomenon

Within the framework of the author’s copyright that protects literary and artistic works, a growing number of authors choose to make their works available to the public with contracts of a very specific type called free licences. These licences allow anyone to distribute or perform copies of the work. They also permit the release, under their own author’s responsibility, of modified versions of the work. These permissions are granted on two conditions :
– Firstly, mention must be made of the author of the original work and specify where to access the originals
– Secondly, copies or modified versions of the work must be distributed or performed under the same or a compatible licence.

Free works are necessarily disclosed with a licence which guarantees these conditions. Examples of such licences include the GNU GPL for software, and the Free Art Licence for creative works. So the area of free works is not an area in which there are no rights, nor is it the same as royalty-free. English-speaking countries use the word “free” for the original French “libre” to avoid confusion, because there are royalty-free works that are not at all free, and there are free works on which royalties are payable.

People also talk about the “free world” to refer to all those involved in the promotion and development of the free area. This movement is inspired by customary practices governing the circulation of knowledge in the academic world. But since 1983, software developers have been in the forefront of this movement and its legal formalisation, because in this business sector there is a constant need for innovation and users have every interest in getting hold of the work to rectify defects in software or adapt it to their own requirements. So they in turn become authors.

This development model reflects the aspirations of a democratic society of citizens who make a constructive contribution to public life and are not content to simply be governed. So the interest taken in Free is first political. This interest is heightened by the fact that increasingly restrictive legislation on author’s rights is moving against the public interest and is becoming a constraint on creative activity. Against this background, free licences seem to be a legal and pragmatic solution to establish an area in which obstacles to the distribution and creative use of original works are lifted.

In the area of artistic creation and scientific publication the free model also reflects a social reality. This is the emergence of a society of amateurs who, thanks to better access to education, leisure time, the means of production and communication, have worked their way on to the scene sometimes shaking up established positions. These amateurs are the vectors, activists and transformers of the culture, they are its living body ; without them works would remain unread, unused and unperformed.

Since the 19th century, with the creation of museums and the birth of author’s rights, our culture has favoured conservation as the means of ensuring the lasting survival of works. Today, the digital media and the internet are becoming the principal means of distributing works. Certainly the internet is a powerful means of communication, but it has not yet proved itself as a means of conservation. What is taking shape with the free model is that in parallel with conservation efforts, the principle of which is not in question, is a different form of ensuring lasting survival is finding its place in our culture ; this is transmission, which is also the basis of tradition. Yet the act of transmission takes place through a process of appropriation (you can only pass on what you have already acquired or absorbed), and this implies transformations that make works evolve. This is a condition of a living culture, a culture carried by actively involved people rather than supported by subjects.

***

Copyleft : Isabelle Vodjdani, texte initialement publié sur Transactiv.exe le 20 avril 2010. Ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org


  1. « CONTREFAÇON, la vraie expo qui parle du faux », Cité des Sciences et de l’Industrie, Parc de la Villette, Paris, du 20 avril 2010 au 13 février 2011 [back]
  2. Depuis plusieurs années des études sur l’impact du piratage sur le marché de la musique apportent régulièrement un démenti aux affirmations des lobbys de la répression du téléchargement. Dans la dernière en date, Le GAO affirme que les chiffres du piratage sont contrefaits (ReadWriteWeb, 19 avril 2010) [back]
  3. Précisons que L’INPI est également un établissement public, mais autofinancé et relevant de la tutelle du ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, tandis que la Cité des Sciences et de l’Industrie est sous la tutelle du ministère de la Culture. [back]
  4. Comme on le sait, la figure de l’auteur floué par les petits « pirates » est le masque dont se parent les ayants doits qui, pour rester dans l’ordre des métaphores de la marine, se comportent en véritables « requins ». Pour ne citer qu’un seul exemple, voir l’article du Point en date du 10 avril 2010 : Comment la Sacem se goinfre… [back]

22/04/2010 00:55



Pas de créateur sans droit d’auteur ? Sciences Po, le 15 avril 2010.

Sciences Po créateur

Il n'y a pas de création sans inspiration, talent, passion voire acharnement.

Avec ou sans droit d’auteur, qu’est-ce que cela change ?


En présence de :

  • P. Chantepie, Chef du DEPS au Ministère de la Culture et de la Communication ;
  • N. Heinich, Directeur de recherche au CNRS, Sociologue des professions artistiques et des pratiques culturel­les ;
  • A. Moreau, Initiateur de « Copyleft Attitude » et de la Licence Art Libre ; artiste plasticien ;
  • M. Vivant, Professeur des Universités à Sciences Po – Directeur scientifique de la spécialité Propriété Intellectuelle du Master Droit Economique de l’Ecole de Droit
  • J.Ph. Toussaint, Ecrivain belge – Prix Décembre 2009

Modérateur : F. Latrive, journaliste à Libération et auteur de « Du bon usage de la piraterie ».

Responsable du projet : E. Cadiou.

Jeudi 15 avril 2010, 15-18h

Sciences Po, Amphitéâtre Caquot, 28 rue des Saints-Pères, 75007 Paris

Inscription préalable souhaitée : sciencespo.conference@gmail.com

Annonce sur le site de Sciences Po.

02/04/2010 08:50






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